La décision des États-Unis de ne pas renouveler l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) dans sa forme actuelle marque un tournant important pour l’économie nord-américaine. Bien que l’accord demeure en vigueur jusqu’en 2036, il fera désormais l’objet d’un examen annuel, créant ainsi un climat d’incertitude qui risque d’influencer les décisions d’investissement pendant plusieurs années.
En immobilier commercial, l’incertitude est souvent plus dommageable qu’une mauvaise nouvelle. Les marchés savent s’adapter aux changements, mais ils hésitent lorsque les règles du jeu peuvent évoluer chaque année.
L’incertitude ralentit les investissements
Chaque acquisition immobilière est basée sur une vision à long terme. Qu’il s’agisse d’un immeuble multirésidentiel, d’un terrain à développer ou d’un actif industriel, les investisseurs recherchent avant tout la stabilité.
L’instauration d’une révision annuelle de l’ACEUM ajoute une variable importante dans l’analyse des projets. Plusieurs investisseurs et promoteurs pourraient décider de reporter leurs décisions jusqu’à ce que le contexte économique soit plus prévisible.
Or, lorsque les investisseurs attendent, les projets ralentissent, les transactions diminuent et les occasions de développement se font plus rares.
Les coûts de construction demeurent sous pression
Les secteurs de la construction et du développement immobilier demeurent fortement dépendants des matériaux provenant des États-Unis, notamment l’acier, l’aluminium et le bois d’œuvre.
Même si ces produits continuent aujourd’hui de circuler dans le cadre de l’ACEUM, les négociations annuelles risquent d’entretenir une certaine volatilité des prix.
Les fournisseurs intègrent déjà cette incertitude dans leurs coûts, ce qui se traduit par des budgets de construction plus élevés et, dans plusieurs cas, par le report ou l’abandon de projets qui ne répondent plus aux critères de rentabilité.
À long terme, cela signifie une offre limitée de nouveaux immeubles alors que les besoins en logements et en espaces industriels continuent de croître.
Les taux d’intérêt pourraient demeurer élevés plus longtemps
L’incertitude commerciale influence également les marchés financiers.
Lorsque les perspectives économiques sont moins prévisibles, les banques centrales adoptent généralement une approche prudente. Les baisses de taux sont souvent repoussées jusqu’à ce que la situation se stabilise.
Parallèlement, les marchés obligataires exigent une prime de risque plus importante, ce qui maintient les coûts de financement à des niveaux relativement élevés.
Pour les investisseurs immobiliers, cela signifie des coûts d’emprunt plus importants, une pression sur les valeurs des immeubles et des analyses financières plus exigeantes.
L’emploi demeure le moteur de l’immobilier
L’immobilier suit toujours l’économie réelle.
Lorsque les entreprises investissent, elles créent des emplois. Lorsque les emplois augmentent, la demande pour les logements, les espaces industriels, les bureaux et les commerces suit naturellement.
À l’inverse, une période prolongée d’incertitude commerciale peut ralentir les investissements des entreprises, freiner les embauches et réduire la demande immobilière dans plusieurs secteurs.
C’est pourquoi les décisions commerciales entre le Canada et les États-Unis dépassent largement le cadre des échanges internationaux : elles ont un impact direct sur notre marché immobilier.
Le multirésidentiel demeure un secteur extrêmement solide
Malgré ces défis, je demeure très positif quant aux perspectives du marché multirésidentiel canadien.
La croissance démographique, l’immigration, le manque chronique de logements et la faiblesse de l’offre continuent de soutenir la demande locative dans la majorité des grands centres.
Paradoxalement, si les coûts de construction demeurent élevés et que moins de projets sont réalisés, cela pourrait renforcer davantage la valeur des immeubles existants en limitant l’arrivée de nouvelles unités sur le marché.
Les investisseurs qui privilégient des actifs de qualité, bien situés et générant des revenus stables continueront d’être bien positionnés à long terme.
Garder une vision à long terme
Les marchés connaissent régulièrement des périodes d’incertitude.
Les investisseurs les plus performants ne sont pas ceux qui tentent de prédire chaque décision politique. Ce sont ceux qui demeurent disciplinés et qui fondent leurs décisions sur les fondamentaux économiques.
Le Canada continue de bénéficier d’une forte croissance démographique, d’un système bancaire solide, d’un marché immobilier institutionnel mature et d’un besoin important en logements ainsi qu’en infrastructures industrielles.
Ces éléments demeurent les véritables moteurs de notre marché.
En conclusion
La décision des États-Unis de procéder à une révision annuelle de l’ACEUM ne remet pas en question les fondements de l’économie canadienne, mais elle prolonge une période d’incertitude qui influencera les marchés financiers et immobiliers au cours des prochaines années.
Pour les investisseurs, cette nouvelle réalité confirme l’importance d’une stratégie disciplinée, d’une analyse rigoureuse et d’une vision à long terme.
Comme dans chaque cycle économique, l’incertitude crée aussi des occasions. Les investisseurs qui sauront demeurer patients, bien capitalisés et concentrés sur les actifs de qualité seront ceux qui profiteront le plus du prochain cycle de croissance.