Parlons franchement.
Malgré les efforts déployés, la force des réponses actuelles demeure insuffisante face à la profondeur de la crise du logement. Nous n’avons pas encore pleinement pris la mesure de l’engrenage dans lequel nous sommes engagés, un cycle de rareté, de spéculation et de pression croissante sur les ménages.
Oui, il faut simplifier, accélérer et moderniser nos lois, règlements et processus pour construire davantage, plus rapidement et à moindre coût.
Oui, il faut investir massivement dans le logement social.
Mais ces mesures, aussi essentielles soient elles, auront un impact limité tant que le taux d’inoccupation restera à des niveaux historiquement bas.
La réalité est simple : la rareté alimente la spéculation.
Aujourd’hui, faute de choix, de nombreux ménages sont captifs de leur logement. Ils ne choisissent plus, ils subissent. Et pour une part croissante de la population, la seule issue devient l’exclusion du marché, voire la rue.
Repenser notre indicateur de succès
Le véritable indicateur de performance d’un marché immobilier sain n’est pas uniquement le nombre d’unités construites.
C’est sa capacité à offrir de la disponibilité.
Nous devons changer de paradigme :
- Ne plus viser uniquement un nombre d’unités à livrer
- Mais viser un taux d’inoccupation cible
Un marché fonctionnel est un marché où il y a du choix.
Une cible claire : 7 % d’inoccupation
Les données historiques sont sans équivoque.
Un taux d’inoccupation autour de 7 % crée un point d’équilibre où :
- La croissance des loyers ralentit
- Elle passe sous l’inflation
- Le pouvoir d’achat réel des ménages s’améliore
À ce moment là, le marché commence enfin à respirer.
Pourtant, nos politiques publiques, qu’il s’agisse des plans d’urbanisme ou des grandes orientations gouvernementales, évitent encore cette réalité en ne fixant aucune cible claire d’inoccupation.
Construire plus sans savoir si c’est suffisant n’est pas une stratégie.
C’est naviguer à l’aveugle.
Produire du logement et de la disponibilité
Cela peut sembler contre intuitif, mais pour sortir de la crise, il ne suffit pas de livrer des unités.
Il faut livrer assez d’unités pour qu’une partie reste disponible.
Un marché immobilier constamment saturé n’est pas un signe de santé.
C’est un signal d’alarme.
Un chantier d’une ampleur historique
Renverser la tendance exigera bien plus que des ajustements marginaux.
Cela demandera :
- Une fiscalité adaptée
- Une réglementation agile
- Une planification urbaine ambitieuse
- Des incitatifs intelligents
- Du leadership réel
Et surtout, une capacité à mobiliser tous les acteurs, incluant le secteur OBNL, comme levier d’innovation et de production à coût maîtrisé.
Un enjeu économique et sociétal
La crise du logement n’est pas seulement immobilière.
Elle est économique, sociale et humaine.
Quand le coût du logement explose :
- La santé des ménages se détériore
- Leur dignité est compromise
- Leur capacité à prospérer diminue
Et à long terme, c’est l’ensemble des progrès sociaux qui s’érode.
Conclusion
Un marché immobilier sain repose sur une vérité fondamentale :
L’abondance est une condition de stabilité.
Combler notre déficit d’offre et maintenir un niveau suffisant de disponibilité n’est pas une option.
C’est une nécessité stratégique pour l’avenir de notre société.